Dossier : La crise
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945 milliards de dollars. C’est l’évaluation faite au printemps 2008 par le Fonds monétaire international (FMI) du coût de la crise du système financier mondial.
On sait désormais qu’on était bien loin du compte comme en témoigne l’adoption de plans de sauvetage évalués respectivement à 700 milliards de dollars pour les Etats-Unis (« Plan Paulson ») et à 1400 milliards d’euros pour l’Europe.
Au cours de l’été 2008, soit près d’un an après son déclenchement, la crise financière mondiale s’est amplifiée avec l’entrée dans la tourmente des grands opérateurs financiers du monde entier : américains (faillite historique de Lehman Brothers, sauvetage « in extremis » de Bear Stearns, de l’assureur AIG, des institutions de garantie des prêts immobiliers Fannie Mae et Freddie Mac…), européens (Fortis, Dexia…), suisses (UBS).
Retour aux origines multiples de la crise :
Avec la forte augmentation ces dernières années des excédents commerciaux de la Chine et des pays pétroliers, l’économie mondiale a dû absorber une épargne abondante qui cherchait à se placer un peu partout dans le monde notamment dans l’immobilier, alimentant ainsi la montée des prix.
Dans le même temps (années 2000), aux Etats-Unis, les taux d’intérêt étaient extrêmement bas (1%) entretenant l’illusion de l’argent à profusion et pas cher à emprunter.
Ce deuxième phénomène est à l’origine de la crise des « subprimes », c’est-à-dire l’octroi inconsidéré de prêts à des ménages ne disposant pas de ressources et de garanties suffisantes pour faire face au remboursement de leurs dettes.
Ces crédits à haut risque se sont diffusés à la sphère financière internationale par le biais de la technique de la titrisation (transformation d’un actif, ici les prêts immobiliers, en titres financiers échangeables sur les marchés), qui a permis de contourner les règles prudentielles habituellement imposées aux établissements de crédits.
Avec l’augmentation des taux d’intérêt (jusqu’à 5% en 2007) et l’éclatement de la bulle immobilière, les ménages emprunteurs se sont trouvés dans l’impossibilité de rembourser leurs dettes devenues trop lourdes, et les prêteur n’ont pu se rembourser sur le prix de vente des maisons, gages des prêts octroyés, car elles ne valaient plus grand-chose.
Diffusion de la crise au niveau international :
A cause de la titrisation de ces prêts et de leurs échanges sur les marchés financiers, il est devenu difficile d’identifier les établissements qui détenaient ces produits financiers toxiques et qui s’en trouvaient fragilisés. Un climat de suspicion s’est établi entre les banques, entrainant une limitation des prêts interbancaires. Cette méfiance a touché tout particulièrement les banques d’affaires, ce qui a entraîné des chutes spectaculaires de leurs cours boursiers.
Les risques pour l’économie réelle :
Les banques se trouvant dans une situation extrêmement délicate (danger de faillite à cause de la possession de titres « pourris », restriction du crédit interbancaire les empêchant de se refinancer…), c’est toute l’économie qui risque de se trouver « grippée ».
En effet, devenues frileuses, elles vont être tentées de restreindre l’octroi de crédits (« credit crunch ») aux ménages qui consommeront moins et aux entreprises qui seront contraintes de repousser à plus tard leurs investissements dans de nouveaux projets, entrainant un ralentissement de la croissance économique.
Or, un ralentissement de la croissance risque d’avoir aussi des conséquences sociales comme une hausse du chômage puisque les entreprises en difficultés embaucheront moins.
Révisions :
croissance : elle est estimée à 1% pour 2008 alors qu’on attendait 2,25%
chômage : alors qu’il était en baisse ces derniers mois, il est reparti à la hausse depuis août 2008 pour atteindre 8% de la population active. L’INSEE table sur un repli de 52.000 emplois pour le 2nd semestre 2008 après avoir progressé de 89.000 au premier
Quant au marché de l’immobilier, il a perdu son dynamisme pour un certain temps.
Toutefois, ces prévisions pessimistes peuvent être nuancées. De nouveaux éléments de résistance empêchent de comparer totalement la crise actuelle à celle de 1929 : Il y a, notamment en France, des secteurs qui disposent d’atouts suffisants pour échapper au ralentissement général : la nouvelle économie et le e-commerce connaissent un développement formidable, le luxe s’exporte avec toujours plus de vigueur, le tourisme attire toujours plus d’étrangers sur le sol français, même si leurs pays de provenance changent. L’audace, la créativité et l’innovation, la réactivité sont également des réponses à la morosité ambiante.
Les actions mises en œuvre pour contenir la crise :
Les acteurs institutionnels (Etats, banques centrales) sont intervenus pour tenter de stopper la dégringolade et restaurer la confiance dans le système financier. Ces actions empruntent plusieurs canaux.
Tout d’abord, il était nécessaire de rassurer les épargnants, clients des banques, en sécurisant leurs dépôts pour les dissuader de retirer leur argent et donc d’aggraver la situation des établissements bancaires.
Ensuite et surtout, la priorité des Etats et des banques centrales a consisté à injecter de la liquidité, c’est-à-dire à aider les banques à se financer (directement en leur versant des fonds ou indirectement, en garantissant les prêts interbancaires) pour qu’elles puissent continuer à assurer leur rôle classique : accorder des prêts à leurs clients et permettre ainsi à l’économie de repartir.
C’est dans cette perspective qu’un un certain nombre de « plans » ont été mis sur pied.
Un 1er « plan Paulson » de 700 milliards de dollars, visant à permettre le rachat des titres financiers liés aux créances pourries détenues par les banques, a été voté aux Etats-Unis le 3 octobre 2008. Il a pris ensuite une nouvelle orientation, se ralliant à la stratégie européenne, qui consiste à favoriser la prise de participation de l’Etat au capital des grandes banques et compagnies d’assurances pour éviter leurs faillites et à garantir les crédits interbancaires.
C’est en effet la ligne d’action qui a été adoptée au niveau européen, où suite à une succession de réunions du G4, du G7, et de l’Eurogroup (présidence de l’Union européenne, banque centrale européenne, Commission européenne), un plan de sauvetage de 1400 milliards d’euros applicable dans tous les Etats-membres a été mis en place.
La crise, et après…
Ces plans d’urgence sont indispensables pour contenir la crise actuelle mais à terme, c’est tout le système de surveillance, la règlementation prudentielle des institutions financières qui devra être repensé, avec la mise en place d’autorités de régulation disposant de pouvoirs réels d’encadrement.
La crise a permis de mettre le doigt sur les défaillances du fonctionnement des marchés financiers trop dérégulés, devenus incontrôlables.
La crise actuelle marque ainsi le retour du rôle régulateur des états dans une économie mondialisée, sans doute trop adossée au jeu des marchés financiers, ainsi qu’un retour à la création de richesses basée sur des données issues de l’économie réelle (reflet de l’activité des entreprises de biens et de services).
Bref historique des crises financières
La liste des crises financières survenues depuis le XVIIe siècle est longue.
De la tristement célèbre crise hollandaise des bulbes de tulipes de 1634 à 1637 (avant de voir brutalement son prix s’effondrer, un bulbe pouvait atteindre le prix d’une maison cossue !), en passant par celles de la Compagnie des Indes de 1720, des compagnies de chemins de fer du XIXe siècle, des crises financières engendrées par les guerres (huit entre 1713 et 1820), jusqu’aux multiples crises de change et des krachs boursiers récurrents au XXème siècle, l’histoire économique est scandée par ces effondrements des prix des actifs financiers ou/et immobiliers suivis d’un ralentissement majeur du développement économique.
Plus récemment, les crises financières se sont multipliées en touchant entre 1994 et 2001 successivement le Mexique, la Thaïlande, la Russie, le Brésil, la Turquie, l’Argentine. Mais avec la crise de 2007-2008, un cap nouveau est franchi : en déstabilisant l’ensemble du système financier mondial, elle a eu un effet de contagion mondial sans précédent depuis 1929.
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